Le recensement, et après ?

Du recensement, on connaît bien les chiffres de population légale, diffusés chaque année le 1er janvier pour tous les échelons géographiques (j’en ai déjà parlé ici). C’est d’ailleurs le  premier objectif du recensement.

 On connaît plus confusément toutes les autres données issues du recensement, qui permettent d’en savoir plus sur la structure de la population, la formation et les diplômes, les déplacements et les migrations, la situation vis-à-vis de l’emploi, mais aussi les professions et catégories professionnelles, les secteurs d’activité économiques et la structure familiale des ménages. Ces données sont diffusées chaque année au début de l’été. Pour celles qui ont été mises en ligne il y a quelques semaines, il s’agit du millésime 2014, issu des enquêtes de recensement 2012-2016.

Emploi au lieu de travail

Dans le  numéro de 8 septembre de la Lettre EcoNormandie (à télécharger ici), j’ai choisi de consacrer l’infographie à la variable « Emploi au lieu de travail », comme le montre le tableau ci-dessus.

Un mot sur la définition de cette variable

Voyons ce que dit l’INSEE : « Les personnes employées au sens du recensement de la population sont celles ayant déclaré avoir un emploi dans le formulaire du recensement. Cet emploi est comptabilisé soit dans la commune de lieu de travail, soit dans la commune de résidence. »
Pour la définition complète, on lira ici.

Lorsque l’emploi est comptabilisé dans la commune du lieu de travail, on considère le nombre de personnes travaillant dans une commune (salariés ou non salariés), quel que soit leur domicile, et on parle d’emploi au lieu de travail, la variable qui nous intéresse ici.

Lorsque l’emploi est comptabilisé dans la commune du lieu de résidence, on considère le nombre de personnes résidant dans une commune et ayant un travail salarié ou non, quel que soit le lieu de ce travail et on parle de population active ayant un emploi.

Que montre le tableau ?

J’ai choisi de comparer l’emploi dans les principales villes normandes* et son évolution sur 5 ans. Je vous livre ci-dessous trois remarques tirées du tableau :

  1. Premier constat : le classement par nombre d’emplois ne reprend pas le classement par habitants. Rouen est ici première selon le  classement par emplois, mais c’est Le Havre qui arrive en tête par habitants. Quant à Caen, elle est troisième dans les deux classements.
    Ce que ne montre pas le tableau, c’est que les dix villes normandes qui accueillent le plus grand nombre d’emplois (salariés ou non salariés) ne correspondent pas à la liste des dix premières villes normandes en population. Sotteville-lès-Rouen, Grand-Quevilly et Vernon, qui figurent dans le Top 10 par la population, avec plus de 22 000 habitants, n’atteignent pas les 12 000 emplois. En revanche, Saint-Lô, Lisieux et Hérouville-Saint-Clair figurent dans le Top 10 par emplois, alors qu’elles ont moins de 22 000 habitants.
  2. Deuxième constat : les préfectures arrivent en tête du classement et profitent d’une plus grande concentration de l’emploi par rapport à leur population (voir dernière colonne : rapport nombre d’emplois / population), avec des taux allant de 68% pour Caen à 90% pour Saint-Lô (qui a presque autant de personnes travaillant dans la commune que de résidents), très nettement au-dessus de la moyenne régionale (39%).
  3. Troisième constat : l’emploi a régressé depuis le recensement de 2009 (-2% en moyenne sur la Normandie). Seules trois villes voient le nombre d’emplois sur leur sol progresser : Rouen (+ 0,3%), Saint-Etienne-du-Rouvray (+ 2,6%) et Hérouville-Saint-Clair (+1,7%).

Comment s’y retrouver ?

Où télécharger ?

Toutes les données du recensement sont disponibles en téléchargement sur le site de l’INSEE. Ceux qui aiment les chiffres ne seront pas déçus : le tableau qui nous intéresse (ici) comprend plus de 35 000 lignes (une par commune de la France métropolitaine) et 116 colonnes. Au total, plus de 4 millions de cases, ou de données, pour 2014, et sensiblement le même nombre pour 2009, année de comparaison que l’on trouve dans le même document, dans un deuxième ongletOn approche les mega données. On risque de s’y perdre. 

C’est pourquoi, comme toujours lorsqu’on travaille à partir de big data, il faut d’abord avoir une idée de ce qu’on a envie de comprendre ou de raconter, et extraire les données pertinentes. Ainsi j’ai extrait la variable qui nous intéresse, qui s’appelle « P14_EMPLT » et se trouve à la colonne 68. 

Mon point de vue

En choisissant de vous parler de ces « autres chiffres du recensement », mon propos est de mettre le focus sur la richesse et l’accessibilité de ces données et d’insister sur trois points :

  1. Revenir sur le module de définitions proposé sur le site de l’insee (ici), d’où j’ai tiré la définition de l’emploi au lieu de travail. Mon conseil est de le faire figurer parmi les préférences.
  2. Préciser que toutes les données  sont assorties d’une documentation très complète qu’il faut prendre le temps de lire, non seulement pour connaître les définitions des variables, mais pour intégrer toutes les précautions d’utilisation de ces statistiques. Par exemple, le découpage géographique pour le recensement millésimé 2014 est celui de 2016 (un détail qui a son importance quand on sait que 210 communes normandes ont fusionné au 1/1/2017, donnant naissance à 47 nouvelles communes). A savoir aussi : pour la comparaison, le recensement précédent à mettre en regard est celui de 2009.
  3. Enfin, je redonne ici le lien vers la page pour accéder à l’ensemble des données  de l’INSEE issues du recensement, sur les différents thèmes (ici). Afin que chacun puisse faire son choix dans la richesse, 

+ Sur le portail EcoNormandie

Sur le site econormandie.paris-normandie.fr, les données issues du recensement (population municipale, population totale et nombre d’emplois au lieu de travail) sont indiquées pour les 2 723 communes normandes et pour les 73 EPCI à fiscalité propre de Normandie : métropole, communautés urbaines, communautés d’agglomération, communautés de communes. On peut visualiser une fiche EPCI ici et une fiche commune . Les données du recensement apparaissent sur l’onglet points de repère. 

Sur EcoNormandie, les chiffres de population légale sont mis à jour chaque année au 1er janvier, et l’emploi au lieu de travail est mis à jour l’été.


*Notons que Cherbourg-en-Cotentin ne figure pas dans la liste, car la comparaison avec 2009 n’est pas possible en raison du changement de périmètre dû à la fusion au 1/1/2016 des communes de l’ex communauté urbaine. Quand je parle du Top 10, c’est donc en excluant Cherbourg-en-Cotentin, qui, il faut le noter, figure en 2014 à la 4e place avec 37 114 emplois.

Faire parler l’infographie

La coopération des agences d’urbanisme de la vallée de la Seine vient de faire paraître un numéro très intéressant de sa lettre Vallée de la Seine, les données clés intitulé « Dynamique et typologie de l’emploi. » On peut le télécharger ici.

Pour le dernier numéro de la Lettre EcoNormandie (ici), j’en ai extrait le graphique ci-dessus, sur lequel je souhaiterais revenir.

Comment lire un graphique ?

Il arrive que l’on se perde dans l’observation d’un graphique. Celui-ci semble simple, mais il est inhabituel, aussi une clé de lecture est-elle utile. Souvent le plus facile, pour donner le mode d’emploi — ou le mode de lecture — d’un graphique est d’en extraire une des valeurs (ou une des lignes ou une des variables), et de dire en une phrase ce que l’on voit.

C’est ce qui est proposé par les rédacteurs et auteurs du graphique, que je reprends à nouveau ci-dessous : « NB : Le secteur industriel concentre 9 % de l’emploi de la Vallée de la Seine et se répartit dans 59 % des communes de la Vallée de la Seine. »

Ce qui fait la force de cette infographie, c’est le rapprochement visuel entre la part de l’emploi de chacun des secteurs et la part des communes qui accueillent ces emplois, sur la zone d’études (soit 9 départements d’Ile-de-France et de Normandie). On voit d’un coup d’œil que l’agriculture, qui ne concerne que 1 % des emplois de la zone, est présente dans 76 % des communes, et qu’il y a de forts contrastes sur la répartition ou la concentration spatiale des emplois selon les secteurs.

Et j’insiste sur « d’un seul coup d’œil », car ici, la visualisation des données apporte véritablement un plus par rapport à un simple tableau, et on peut admirer l’efficacité de la mise en scène : 10 chiffres, 5 couleurs, 2 parties (et deux variables) pour une information riche et inédite..

Mon point de vue

C’est l’originalité du graphique qui a d’abord retenu mon attention. Il s’agit d’une qualité que l’on attribue rarement à ce type d’objet, mais qu’il ne faut pas négliger. C’est justement en rapprochant des données que l’on n’a pas l’habitude de mettre en perspective que l’on peut apprendre, ou comprendre.

Ce graphique est aussi un prétexte pour attirer l’attention sur les études et publications de la coordination des agences d’urbanisme, une source de données à connaître pour qui s’intéresse à la vallée de la Seine et à l’aménagement.


Je donne ci-dessous les liens des agences d’urbanisme normandes, sur lesquels on peut télécharger ces publications :

• AUCAME (Agence d’urbanisme Caen Normandie Métropole)

• AURH (Agence d’urbanisme de la région du Havre et de l’Estuaire de la Seine)

• AURBSE (Agence d’Urbanisme de Rouen et des Boucles de Seine et Eure)

 

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