PIB régional : La Normandie, 1ère région industrielle

À l’occasion de la sortie du dernier numéro d’Insee Flash Normandie, traitant du produit intérieur brut (PIB) de la Normandie, j’ai choisi d’en tirer l’infographie à paraître dans La Lettre EcoNormandie de cette semaine. Vous voyez ci-dessus le graphique (réalisé par les infographistes de Paris-Normandie).

Ce que le graphique nous indique

  • Entre 1990 et 2015, la part de l’industrie a baissé en Normandie : elle comptait pour un quart de la valeur ajoutée en 1990 (25,6 %) contre un cinquième 25 ans plus tard (20,8 % soit -4,8 points).
  • L’industrie a mieux résisté en Normandie (-4,8 points) que sur l’ensemble des régions de province (-6 points).
  • En 2015, la Normandie reste une région industrielle comparée aux autres régions de province, la part de l’industrie y est de 4,2 points plus importante (20,8 % vs 16,6 %).
  • Le différentiel s’est même accentué en 25 ans : passant de 3,1 points (25,6 % vs 22,5 %) à 4,2 points (20,8 % vs 16,6 %).

On peut de même, sur les autres secteurs, comparer l’évolution sur 25 ans et observer les différences entre Normandie et France de province. On retiendra surtout que l’agriculture a également baissé partout en France, tandis que la construction restait stable. Du côté du tertiaire marchand, la Normandie est à la traîne, la part de ce secteur n’ayant augmenté en 25 ans que de 1,4 point en Normandie, contre 3,7 en Province.

Ce que le graphique n’indique pas

La lecture de l’Insee Flash est riche de nombreux autres enseignements, parmi lesquels on retiendra quelques points :

  • En 2015, le produit intérieur brut (PIB) de la Normandie est estimé à 91,7 milliards d’euros. La région contribue pour 4,2 % au PIB national et se situe au 9ᵉ rang des régions de province.
  • La part de l’industrie dans la valeur ajoutée régionale (20,8 %) positionne la Normandie comme la première région industrielle.
  • En 2015, la valeur ajoutée normande progresse de 1,7 % en valeur, soit 0,3 point de moins qu’en France métropolitaine (0,1 point de moins qu’en province). L’industrie est pourtant plus dynamique dans la région (+ 5,5 % contre + 3,8 % en province) et contribue fortement à la croissance : cette année, sur 1,7 point de croissance de la valeur ajoutée totale en Normandie, l’industrie en réalise les deux tiers.
À savoir : PIB et Valeur ajoutée

On lira avec intérêt sur le site de l’Insee (ici) la méthode de calcul des BIP et VA régionaux. Je rappelle ci-dessous les définitions que vous y trouverez également.

  • Le PIB est égal à la somme des valeurs ajoutées brutes des différentes branches d’activité, augmentée des impôts moins les subventions sur les produits.
  • La valeur ajoutée (VA) est le solde du compte de production. Elle est égale à la valeur de la production diminuée de la consommation intermédiaire.

Ce que j’ai envie d’en dire

Parmi les avantages d’un graphique, on retiendra son côté synthétique et la mise en évidence des comparaisons. J’en ai fait la démonstration ci-dessus. Même en me focalisant sur la part de l’industrie, il m’a fallu deux fois plus de place pour écrire mes commentaires, que l’espace pris par le graphique lui-même.

Je rappellerai aussi ce que j’ai déjà dit (par exemple ici) : une donnée seule n’a pas d’intérêt, c’est la comparaison qui permet de comprendre et d’analyser. Ici, je dois dire qu’on est gâté. Si on s’intéresse à la part de la valeur industrielle, on peut comparer la Normandie avec la France de province, on peut comparer l’année 2015 et l’année 1990, on peut comparer les évolutions en Normandie et en Province, on peut comparer l’évolution de l’industrie avec les autres secteurs…

À retrouver aussi dans le
Guide EcoNormandie

La dernière édition du Guide EcoNormandie, qui vient de sortir (j’en ai parlé ici et ), propose de nombreux indicateurs et points de repère, dont 2 pages « Normandie en chiffres » avec des données tirées du site de l’Insee. En page 11 les informations sur le PIB, et la Valeur ajoutée sont à jour.

 

 

 

 

 

Je vous donne ci-dessous le lien direct pour retrouver ces données sur le site de l’Insee :

Produits intérieurs bruts régionaux et valeurs ajoutées régionales de 1990 à 2015

Baromètre des territoires

L’Observatoire des territoires, créé par le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), a publié cet été son baromètre de la cohésion des territoires. J’ai choisi d’en tirer certains indicateurs pour l’infographie de la La Lettre EcoNormandie de cette semaine (à télécharger ici). Je vous propose donc de me suivre pour découvrir ce baromètre, qui se veut un outil de diagnostic et d’analyse des territoires, pour analyser la place de la Normandie selon les indicateurs retenus, et pour partager quelques réflexions sur ces données.

Des outils pour mesurer dynamisme et fragilité des territoires

L’observatoire des territoires met à disposition plusieurs outils complémentaires qui proposent une approche statistique, par thème et par territoire.

Le baromètre de la cohésion des territoires

Paru en juillet 2018, ce rapport de 68 pages propose quelques dizaines d’indicateurs regroupés selon six thèmes (solidarité, qualité de vie, transition socio-environnementale, empowerment, capital social des territoires, coopération entre territoires). (À télécharger ici).

Je voudrais souligner trois grandes qualités de cette étude :

  • La clarté graphique de sa présentation
  • La volonté pédagogique, avec notamment un paragraphe que l’on retrouve pour chaque thème : « pourquoi cet indicateur »
  • Le classement des régions françaises selon chaque indicateur retenu.

Vous pouvez visionner ci-dessous la page consacrée au revenu médian :

Le baromètre interactif

Interactif comme son nom l’indique, cet outil permet de retrouver les indicateurs selon un code couleur (cliquez par exemple sur la courbe de couleur prune pour accéder au revenu médian), et accéder à des informations et analyses supplémentaires par rapport à l’étude papier comme on le voit sur la copie d’écran ci-dessous. On peut trier selon les revenus 2012 ou 2014, passer la souris sur chaque région pour avoir les données correspondantes, et visionner au total 5 écrans sur ce thème avec graphiques et analyse.

Place de la Normandie ?

Le tableau publié en tête d’article (et repris ci-dessous), paru dans La Lettre EcoNormandie, a été réalisé par Cyril Thibouville, infographiste à Paris-Normandie, à partir des données tirées du baromètre évoqué ci-dessus. J’ai choisi les indicateurs relatifs aux deux premiers thèmes (solidarité et qualité de vie).

On observe que sur tous ces indicateurs sauf trois — dont deux relatifs au logement (rapport entre les demandes et les attributions de logements sociaux et taux de suroccupation des résidences principales) et le troisième portant sur la part de population couverte par le RSA — la Normandie est moins bien située que la moyenne française. Son classement, hormis pour les deux indicateurs « logement », est situé entre la 9e et la 13e place sur 18 régions, dont 13 régions métropolitaines. Un rappel pour dire que socialement, la Normandie se situe parmi les régions les moins favorisées.

Des indicateurs datés

Dans le tableau publié dans La Lettre, nous avons précisé et mis en évidence les dates pour chacun des indicateurs, telles qu’elles sont indiquées dans le rapport.

Pour plusieurs de ces indicateurs, il s’agit de 2014, et je connais beaucoup de personnes avisées — et notamment des journalistes — qui regardent avec dédain, voire se détournent, de données chiffrées si elles ne sont pas fraîches (un ou deux ans). Quand à moi, quand je parle de « données datées », c’est pour souligner le sérieux et la fiabilité des sources : on sait d’où et de quand viennent les chiffres. Je voudrais préciser que les délais entre l’observation et la restitution sont nécessairement un peu longs, et qu’il faut l’accepter. Si l’on veut observer sérieusement des réalités complexes, en utilisant des outils fiables, et des données vérifiées, il faut accepter que le temps pour les différentes étapes (recueil des données, compilation/vérifications, traitement, analyse, publication) n’est pas élastique, et que la mise à disposition d’informations chiffrées, analysées et bien présentées n’est pas immédiate. Il faut aussi reconnaître que la plupart des réalités étudiées bougent lentement, et qu’un décalage de trois-quatre ans permet déjà de donner une photographie à un moment donné et une tendance dans l’évolution.

« L’art du démographe est de savoir travailler avec des données imparfaites » précise le démographe François Héran, titulaire de la Chaire « Migrations et sociétés », dans sa 1re leçon au Collège de France (à écouter ici).

J’ajouterai que même en prenant toutes les meilleures précautions, les chiffres ne donnent qu’une approche incomplète et même un peu biaisée des phénomènes complexes étudiés : la réalité ne se résume pas à des chiffres et n’entre pas dans des petites cases. Ce qui est important ici, c’est que les chiffres soient comparables d’une région à l’autre, comparable avec une moyenne sur toute la France, et que l’on puisse appréhender l’évolution sur plusieurs années en étant sûr que les données se prêtent à la comparaison. Et tout nous montre que c’est le cas ici.

Un outil de visualisation simplissime

Je vais vous présenter aujourd’hui l’outil « statistiques locales », disponible sur le site de l’Insee, qui permet de réaliser des cartes de travail interactives. J’en profiterai pour revenir sur la richesse des données issues du recensement — au-delà des chiffres de population — et reviendrai sur l’importance de la présentation et du choix de l’infographie pour lire et analyser les statistiques. 

Les résultats du recensement : une mine !

J’en ai déjà parlé l’an dernier à peu près à la même époque (ici) : les données du recensement de la population sont une mine dont je ne me lasserai pas de vanter la richesse. Chaque année, au 1er janvier, la population de chaque portion de territoire est ainsi mise à jour (voir ici le post consacré au millésime 2018 / RP 2015). Et à la mi-année, l’exploitation des résultats permet d’en savoir plus sur les caractéristiques de la population, le logement, la famille, l’emploi, la formation, la population active…

Le site de l’Insee permet de retrouver toutes ces données, disponibles sous forme de tableaux d’un territoire au choix (France, régions, communes, aires urbaines…) et sur un thème (évolution de la structure de la population, familles, logements, diplômes, chômage…), ou de fichiers détail sur les différents domaines (logements ; individus ; activité ; mobilités scolaires et professionnelles ; migrations résidentielles).

L’outil « statistiques locales » : un trésor !

Parmi les richesses cachées du site de l’Insee, je veux vous faire découvrir aujourd’hui cet outil « statistiques locales » (page d’accueil ici), qui propose une visualisation cartographique des données, en grande partie issues du recensement.

La carte proposée ci-dessus (et visualisable ici en format interactif) met en évidence les niveaux de diplôme des Normands, selon un découpage par arrondissement. Elle se construit en trois clics :

  • 1 — Choisir le thème de son indicateur (à gauche de la carte).
    J’ai choisi “Éducation • formation • compétence ».

 

 

 

  • 2 — Choisir précisément 1 ou 2 indicateurs parmi ceux proposés dans le thème sélectionné.
    J’ai choisi deux indicateurs : le diplôme le plus élevé obtenu (qui sera caractérisé, par un camembert présentant le pourcentage de personnes ayant atteint chaque niveau de diplôme) et la part des diplômés du supérieur (qui sera caractérisé par la coloration plus ou moins dense selon le pourcentage).

 

 

  • 3 — Choisir le découpage géographique
    J’ai choisi le découpage par arrondissement.

 

 

Et voilà ! la carte s’affiche, on peut passer la souris pour visualiser les valeurs correspondant à chaque territoire, exporter les tableaux de données, basculer vers une carte avec les valeurs de 2010 pour observer l’évolution, comparer avec d’autres niveaux géographiques.

Une autre manière de présenter ces données

Le numéro du 7 septembre 2018 de La Lettre EcoNormandie présente ces informations sous une autre forme. En effet, le format réservé dans La Lettre à l’infographie ne permet pas de présenter clairement toutes ces données, d’autant qu’il n’est pas question sur le PDF de « passer la souris » pour voir s’afficher les valeurs. Nous avons donc choisi d’une part de simplifier le zonage en retenant le département (et non l’arrondissement), et d’autre part d’extraire les données du tableau pour realiser des graphiques lisibles sur le format de la lettre.

Pour extraire les données, c’est très simple : cliquer sur l’onglet « tableau » et dans le menu « Actions » cliquer sur « Exporter ».

De la carte aux barres

Après discussion avec l’infographiste Cyril Thibouville, nous avons choisi de présenter ces informations sous forme de barre pour chaque département, avec un camembert pour les niveaux Normandie et France.

Ce que l’on retiendra

La carte par arrondissement (en tête de ce post ou en ligne ici) fait très nettement apparaître des disparités, avec une proportion de diplômés de l’enseignement supérieur plus forte dans l’arrondissement de Caen (plus de 40%), et juste derrière les arrondissements de Rouen et d’Évreux. L’Orne et le nord de la Seine-Maritime comptent en revanche moins de 18% de diplômés de l’enseignement supérieur.

Le graphique proposé dans La Lettre EcoNormandie, réalisé avec les mêmes données, montre (visualisation immédiate de la taille des barres vertes) que le département du Calvados compte la plus forte proportion de diplômés du supérieur (24,7%), tout en restant en-deçà de la moyenne des Français (28,3%). Suivent la Seine-Maritime (23,1%) et l’Eure (21,3%), tandis que l’Orne et la Manche sont à moins de 20%.

Les camemberts permettent de comparer, sous une autre forme, le niveau de diplôme des Normands avec la moyenne française, et on constate d’un coup d’oeil (tranche verte) qu’il sont moins diplômés que la moyenne (22% de diplômés de l’enseignement supérieur en Normandie, vs 28,3% en France).

Pour aller plus loin

Sachez que l’Insee propose des démonstrations de ses outils – et notamment de l’outil statistiques locales et se déplace dès lors qu’il y a une équipe intéressée pour l’utiliser. Contact : dr76-communication-externe@insee.fr