Journaliste, un métier en évolution

Revue In Off, à consulter sur le site du Club

En complément des résultats de l’enquête sur le moral des journalistes réalisée par le Club de la presse et de la communication de Normandie pour la revue In Off, que nous avons présentés ici la semaine dernière (résultats à consulter en ligne sur le site du club ici ou sur le blog EcoNormandie là), nous reprenons ci-dessous les très riches éléments recueillis via la question ouverte.
L’enquête laissait en effet libre cours aux réflexions des journalistes, qui ont largement répondu à la question formulée comme suit “En quelques mots, votre commentaire, votre expérience, votre analyse”.
Place à la lecture et à la réflexion, et pourquoi pas au dialogue ?

Nous attendons vos commentaires.

Verbatim

Pour faciliter la lecture, nous avons reclassé les citations – sans les modifier – par grands thèmes, sachant que certaines abordent bien sûr plusieurs thèmes.

Pour un meilleur journalisme

• La défiance vis-à-vis des médias dits traditionnels ne me semble pas malsaine, car cela prouve que le public a développé une capacité de critique et de recul sur l’information. Ces médias doivent donc regagner la confiance pour que la défiance s’écarte d’eux pour se porter sur les vrais médias/discours de désinformation (blogs douteux, sites d’infox, réseaux sociaux, discours politiques et militants…).
(Homme, carté, moins de 30 ans)


• Les journalistes doivent plus accepter d’ouvrir leurs pratiques et de les remettre en cause, de susciter le débat.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Il faut plus de culture générale et plus de recul dans les rédactions. Doit-on écrire ce que l’on pense être vendeur ou bien donner un aperçu éclairé de ce qui se passe dans le monde, localement, dans un secteur… ?
(Femme, cartée, 40 à 49 ans)


• Il faut différencier médias nationaux et régionaux. Et sites officiels ou « dits » libres
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Le journalisme survivra tant que le journaliste restera maître de ses écrits.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Métier en tension, qui se complexifie de plus en plus (contraintes sur les délais, défiance envers les médias, course aux contenus pute à clic, etc.).
Métier passionnant qu’il est toujours plaisant d’exercer, au contact de diverses personnes et réalités.
Métier rattrapé par la course à l’info la plus rapide, souvent au détriment d’une vraie rigueur. C’est d’autant plus vrai pour les sujets scientifiques. Les médias, souvent, relayent des études sans en lire vraiment le contenu, sans comprendre ce qu’est la science et des règles de base comme le test en double aveugle…
Métier qu’il faut savoir adapter aux évolutions sociétales, économiques et technologiques. Il faut notamment faire comprendre que collecter une information, la comparer, l’analyser, la synthétiser, l’expliciter, la vérifier… ça demande du temps et ça ne peut pas (ne doit pas) être gratuit.
(Homme, carté, 30 à 39 ans)


• La gratuité, le média bashing : autant de tendances lourdes des années passées. On ne retrouvera la confiance qu’en sortant des affaires percutantes, clivantes, que les médias « citoyens », les réseaux sociaux, ne peuvent contextualiser. Reste aussi à se délivrer d’une tendance locale à ne traiter les sujets sociaux que « vus d’en haut », cf gilets jaunes, bref on prête le flanc à un certain ethnocentrisme de classe. Donc mettre en valeur des articles sur les petits, les sans grade, les pousse-mégot avec une réelle empathie mais sans ce paternalisme patelin qui caractérise parfois nos angles.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Que les journalistes cessent d’agir en communiquant et retrouvent le coeur de leur métier sans se plaindre du sempiternel « on n’est pas assez nombreux » : enquête, un pas de recul sur l’info, trois pas avant sur l’anticipation.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)


• Le métier est décrié mais il attire toujours autant. Beaucoup de nouveaux jeunes journalistes ont trop de préjugés sur les sujets qu’ils couvrent et cherchent à faire entrer leurs reportages dans le prisme de ceux-ci (comme d’autres collègues).
(Homme, cartée, 40 à 49 ans)


• Pour ne pas prêter le flanc aux critiques, il faut plus que jamais être rigoureux dans l’exercice de notre métier.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Ce métier perd en crédibilité aussi parce que les journalistes refusent de reconnaître leurs erreurs. Quand un journaliste de presse écrite, où je travaille, publie une information erronée (ça peut arriver et c’est à tour de rôle car l’erreur est humaine), il refuse trop souvent de publier un erratum. Réponses entendues « c’est pas grave », ou alors « on » publie une « Précision ». Or les mots ont un sens : une précision s’apporte quand il peut y avoir un malentendu, une erreur d’interprétation. Quand la fonction d’une personne est erronée, quand une info publiée est fausse, on doit publier un « Rectificatif » ou un « Erratum ». Mais on m’a dit que ce serait s’autoflageller, montrer au lecteur qu’on s’est trompé. Mais le lecteur s’en est parfois rendu compte ou finira souvent par s’en rendre compte. Cette absence de franchise quant aux erreurs commises décrédibilise davantage un média que l’honnêteté de reconnaître cette erreur. En tant que lecteur, j’ai confiance en un média qui publie des rectificatifs. Je me dis que ce média est honnête. Je suis persuadé que les citoyens savent que les médias sont « malhonnêtes », car ils mentent sur ce sujet. Parfois, ce sont aussi des journalistes trouillards qui refusent de rectifier par crainte d’être sanctionné par leur hiérarchie.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• Le journalisme est à un tournant de sa jeune histoire, mais il ne maîtrise pas cette révolution médiatique, pour le moment. A lui d’inventer, d’être meilleur. Ayons confiance en l’avenir de notre métier qui prouve tout de même encore chaque jour son utilité.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• Nous bénéficions heureusement d’une loi sur la presse de 1881 qui est très souple et permet d’exercer notre métier avec beaucoup de liberté. Même s’il faut se battre pour sortir une info. En revanche, les dérives de notre profession ne sont pas encadrées autrement qu’au pénal. Il est urgent d’établir un ordre des journalistes. Cette mesure prise, le public pourra reprendre confiance dans les médias. C’est devant notre porte qu’il faut d’abord balayer, en donnant l’exemple.
Par ailleurs, le vrai ennemi des journalistes, c’est la culture très française du secret. Il n’existe pas un droit à l’information comme aux USA, les préfectures, les mairies, les départements et toutes les administrations filtrent les informations. De surcroît, saisir la CADA est une procédure longue et insuffisante.
En conclusion, SEULE LA TRANSPARENCE (dans nos fonctionnements et dans nos administrations) permettra un retour de la confiance. En ce qui me concerne, au vu de la situation, je juge que le public a raison d’être défiant.
(Homme, carté, 30 à 39 ans)


• J’espère que dans les prochaines années, nous n’assisterons pas uniquement à un journalisme d’écran, des web rédacteurs derrière leurs écrans d’ordinateur et que le journalisme de terrain aura encore les moyens de continuer à exister.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)

Evolutions du métier

• Évolution très importante des outils et façons de travailler depuis 20 ans
(Femme, cartée, 40 à 49 ans)


• Nous sommes à un tournant. Nous devons le prendre sereinement, mais aidés par nos directions par des moyens et formations.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Il faut développer le plurimedia, mais il faut être formé pour et il ne faut pas faire n’importe quoi. Le net impose la rapidité mais cela ne doit pas se faire au détriment de la vérification et de la qualité de traitement.
(Femme, cartée, 30 à 39 ans)


• La profession s’est fonctionnarisé depuis 20 ans. Les journalistes ne vivent plus pour l’information, c’est devenu un métier comme les autres, du lundi au vendredi, aux 35 heures.
(Femme, cartée, 30 à 39 ans)


• Ce métier qui m’a longtemps fait rêver ne me fait plus rêver du tout…
(Femme, cartée, 40 à 49 ans)


• La paupérisation du métier, une difficulté croissante pour l’exercer et plus globalement une longue mue depuis l’avènement du numérique, m’ont éloigné du journalisme au profit de la communication d’entreprise et de l’institutionnel, plus lucratif. J’ai exercé pendant 20 ans mon métier de reporter dans le monde entier. Même si ça n’a jamais été facile, Il m’a offert les plus belles années de ma vie. De la chute du mur de Berlin aux mines de diamants en Afrique du Sud, des déserts d’Arabie Saoudite aux missions polaires dans l’arctique, sous les balles à Sarajevo aux bidonvilles de Rio, un jour dans l’intimité des puissants, le suivant auprès des plus démunis, je remercie chaque jour ce métier pour les joies (et frayeurs) qu’il m’a apportées. Je n’ai pas de nostalgie, les métiers doivent évoluer. Celui-ci n’a pas achevé sa métamorphose. Il s’adaptera. L’information devient horizontale, à plusieurs vitesses et ininterrompue. Notre profession doit apprendre à jouer avec les nouvelles règles plus les donner.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Les humains vont être remplacés par des robots, des ordinateurs et des logiciels performants !
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• Internet a tué le métier traditionnel et impose des pressions de travail trop intenses.
(Femme, cartée, 30 à 39 ans)


• Notre métier a beaucoup évolué ces dernières années avec une multiplication des supports et des sources. Par ailleurs, l’actualité en continu et les réseaux sociaux ont imposé un nouveau rythme qui a entraîné l’ensemble de la profession. Le temps long devient rare.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)

Difficultés du métier

• L’acteur Francis Huster m’a dit un jour en interview « le journalisme est la peste du XXIe siècle ! » je ne pensais pas que cette pensée se généraliserait quelques années plus tard!
(Homme, carté, 30 à 39 ans)


• Le métier de journaliste se déshumanise avec le numérique et les vrais choix éditoriaux sont rares. J’espère que l’avenir permettra de redonner de la place au terrain et de fuir l’agenda pour sortir des informations non cooptées.
(Femme, cartée 30 à 39 ans)


• Pourquoi tant de harcèlement, d’envie de dénigrement ?
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• En tant que jeune journaliste femme, c’est parfois difficile de s’imposer comme une vraie journaliste et pas la stagiaire de passage. Propos sexistes avec des gens rencontrés sur le terrain mais parfois aussi avec mes collègues masculins.
(Femme, moins de 30 ans)


• L’âge d’or du journalisme n’a jamais existé mais la période actuelle donne l’impression d’un âge d’airain. Et on se rendra compte de l’intérêt des journalistes le jour où il n’y en aura plus.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• De plus en plus compliqué de travailler.
(carté, 40 à 49 ans)


• Plus les années passent, plus le mépris vis-à-vis des journalistes augmente.
Plus les années passent, plus les rédacteurs en chef ignorent les réalités du terrain.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• Métier magnifique devenu assez difficile, la matière grise n’est pas assez reconnue en France.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)

Charge de travail

• Un métier plein de richesses et de découvertes, de rencontres marquantes… mais un métier harassant, notamment en presse papier, avec des effectifs de plus en plus réduits… un métier devenu multitâches et qui empiète sur le travail essentiel : la recherche d’informations, le terrain… (pour la presse hebdomadaire locale).
(Femme, plus de 50 ans)


• Les patrons de médias ou petits chefs courtisans relaient complaisamment un discours consistant à répéter que la charge de travail individuelle n’augmente pas au fil des ans mais qu’il s’agit « simplement » de « faire des choix », de mieux s’organiser. Les patrons se trouvent souvent au siège où (hasard ?) les effectifs sont en général davantage en adéquation avec la charge de travail que dans les rédactions détachées. Pour connaître la réalité d’une rédaction détachée, d’un journaliste seul en poste, il faut y passer soi-même un mois. À mon avis, les directeurs et rédacteurs en chef ignorent ou ne veulent pas voir la réalité actuelle du travail en « locale », même s’ils aiment parfois répéter l’inverse, au prétexte qu’ils y ont bossé il y a une vingtaine d’années (avant l’explosion du web, des réseaux sociaux, des pure players…). Ces gens sont trop souvent dans le déni ou se moquent des conditions de travail de leurs effectifs.
Quant à l’avenir il ressemble au média global : avant tu avais la PHR, la PQR, le réseau France Bleu, le réseau France 3 (en résumé). Avec chacun son cœur de métier. Avec Internet, tout le monde (ou presque) veut tout faire : France Bleu et France 3 font de la presse écrite via Internet, France bleu fait aussi de la vidéo, et la PQR (exemple Paris-Normandie) veut se diversifier (se transformer ?) en chaîne de télé via le support PNTV. Et les pure players sont nés… Les cœurs de métiers disparaissent peu à peu. Et il y a cette course au « buzz », aux « clics », quitte à négliger le travail de vérification, sous la pression du temps et de la hiérarchie. Les réseaux sociaux sont particulièrement chronophages et encore devenus une charge de travail supplémentaire dans les rédactions.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• En tant que journaliste de presse locale, je n’ai pas eu de pression et de défiance de la part de mes interlocuteurs chez qui les journalistes locaux restent bien perçus. En revanche, il est difficile de faire correctement son travail à cause d’une charge de travail trop élevée et d’un manque de journalistes (rédaction passée de 5 à 2 journalistes au fil des années). Ce qui n’est pas forcément le cas chez les commerciaux plus nombreux et qui ont plus de moyens que les journalistes. Pour les directions, je pense que les journalistes de presse locale servent juste à tenir un secteur pour que les commerciaux puissent vendre des espaces publicitaires qui rapportent beaucoup plus que l’information locale de moins en moins rentable. Ce qui est de plus en plus démotivant même si les journalistes locaux aiment leur travail.
(Homme, carté, moins de 30 ans)

Défiance

• Je crois en l’éducation, dans le dialogue avec notre lectorat. A mon avis, il faut expliquer comment on travaille, pourquoi l’information coûte ce prix-là, pourquoi on fait tel ou tel choix éditorial, pourquoi on choisit un mot plutôt qu’un autre. Et réexpliquer quelles sont les missions du journaliste. Mais la défiance vient aussi des erreurs qui sont faites et partagées sur les réseaux sociaux, imputables au fait que les journalistes ont de moins en moins de temps pour faire de plus en plus de choses. Des erreurs auxquelles on ajoute l’effet de buzz, le mélange des genres infotainment, éditorial… On a d’abord fait croire que l’information n’avait pas de valeur en faisant du tout gratuit, et maintenant, on dit qu’il faut payer cette information, en même temps on propose de plus en plus de contenus « légers »… Évidemment, le lecteur ne peut plus s’y retrouver. Laisser moins de place au commentaire, plus à l’explication ou à l’analyse. Redonner des moyens à l’enquête. Chaque média devrait se recentrer sur ce qu’il sait faire : pourquoi traiter de l’info web en masse pour rivaliser sur Google quand on est un quotidien régional, alors qu’on ferait mieux de veiller à avoir suffisamment de reporters sur le terrain pour fournir de l’info locale de qualité ? A force de vouloir tout traiter pour faire comme tous les autres, on perd le pluralisme et on n’a plus de plus-value aux yeux des lecteurs. Mettre les moyens financiers sur la qualité et non sur l’exhaustif. Et il faut revaloriser le métier de journaliste : pas sûre que la précarité mène à du travail de qualité…
(Femme, moins de 30 ans)


• Patron de la radio HAG’FM, je pense que les mentalités ont changé au cours des 10 années. Les gens se méfient d’un micro dans la rue…
(Homme, plus de 50 ans)


• La défiance vis-à-vis des journalistes complique le travail au quotidien, mais elle permet aussi une remise en question nécessaire sur nos pratiques.
L’état des finances de la presse alimente cette défiance : faute de moyens (suppression de postes de photographes, de correcteurs…) on fait moins bien notre travail, et les reproches sont légitimement plus nombreux.
(Femme, moins de 30 ans)


• La défiance envers les journalistes semble surtout tournée contre les médias grand public que sont la télévision (chaînes d’info en continu et JT). Le mouvement des Gilets jaunes a révélé aussi, dans une moindre proportion, une forme de défiance à l’égard des journalistes locaux.
Par exemple, à la première manifestation des GJ le 17 novembre, la méfiance était palpable. Ce jour-là, j’ai juste eu une altercation avec un type qui voulait m’obliger à poser un gilet fluorescent sur le tableau de bord.
Cette personne, comme beaucoup de personnes commentant sur les réseaux sociaux, semble fantasmer sur notre métier : on est à la solde de Macron, du pouvoir, de la finance, des fanatiques européistes, des cosmopolites… Peut-être la solution est-elle d’ouvrir la profession au public et d’expliquer comment on fabrique l’information, mais aussi que nous sommes des êtres humains et que, comme tout le monde, nous commettons forcément des erreurs…
Cela va de pair avec la création d’un conseil déontologique de la presse, qui pourrait étudier les fautes plus graves que certains d’entre nous commettons. Cela obligerait, espérons-le, les journalistes à un travail plus rigoureux et fidèle à la réalité, à condition que les moyens leur soient donnés pour réaliser leurs missions. Peut-être faut-il aussi insister sur les principes déontologiques dans les formations initiales en école de journalisme.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• En tant que community manager et responsable du site internet et des réseaux sociaux de mon journal, je suis notamment confrontée à la méfiance et au journalisme bashing, et surtout à la violence des réseaux sociaux. Il faut savoir prendre du recul…
(Femme, cartée, 40 à 49 ans)


• Dans un contexte de défiance vis-à-vis du journalisme, les médias de proximité ont un rôle crucial à jouer.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)


• La défiance augmente, c’est indéniable. Les journalistes apparaissent de plus en plus comme des privilégiés appartenant à l’élite.
Ce ressenti n’est pas forcément exact mais je pense que la sociologie de la profession, à mes yeux de plus en plus uniforme, la conduit à méconnaître des pans entiers de la société. D’où une certaine vision assez convenue des événements que le public perçoit différemment.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)

Pressions

• Je trouve que le métier se détériore. Tout va plus vite avec l’ère du numérique. On ne prend plus assez de recul pour analyser et décrypter les informations. Et comme la presse se porte mal, on se retrouve avec des moyens humains déplorables. On entend souvent parler de l’eldorado de la presse écrite avec Ouest-France. C’est très bien payé certes mais il faut regarder le contenu des réseaux sociaux et des pages. Où sont les billets qu’on voyait si souvent, les plumes ? Je prends un exemple mais c’est le cas partout, dans tous les médias. On perd en qualité, ça se voit mais on est impuissant face à ça. Je tire mon chapeau aux journaliste de Publihebdos. Même s’ils font du quotidien avec le net aujourd’hui, ils sont payés avec la même grille. Où est la logique ? Et puis, je ne parle pas des services communication qui dictent la loi en local ni des médias nationaux qui donnent une très mauvaise image de nous. Avant de faire la course aux clics, prenons un peu de recul.
(Femme, cartée, moins de 30 ans)


• Attention à ne pas courir trop vite au risque de nous perdre !! Anticiper en permanence brouille l’info et la course à l’échalote du buzz tue l’info.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)


• Avec la concurrence des réseaux sociaux, on doit tout faire vite et on n’a parfois pas le temps d’enquêter comme jadis, au risque d’être trop en retard sur l’info.
(Femme, cartée, 40 à 49 ans)


• La passion qui animait les journalistes tend à disparaître. Trop de desk et plus assez de terrain. Le contenu d’un journal intéresse moins la hiérarchie que le flux des réseaux sociaux et les clics…
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Le journalisme est un combat de tous les instants ! Le manque de personnel dans certaines rédactions est dommageable parfois au bon fonctionnement de l’information et met une tension supplémentaire dans l’exercice de la profession dont les fonctions se sont multipliées.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)


• L’immédiateté tue l’indispensable mise en perspective.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Je constate une méconnaissance du public sur le métier de journaliste, son fonctionnement, ses contraintes. Il serait bon de recréer du lien à travers des rencontres avec le public et dans les écoles.
Il est opportun d’investir dans le développement du numérique, mais il ne faut pas oublier que pour « nourrir » le web, il faut des journalistes sur le terrain. Hélas, les moyens sont de plus en plus mis sur le premier, au détriment du deuxième. Merci pour votre enquête.
(Femme, cartée, moins de 30 ans)


• Le journalisme est l’un des garants de notre démocratie mais sa remise en question constante par les politiques et les pouvoirs publics laisse une plaie béante. Il ne suffit pas de panser cette plaie pour que le journalisme se porte mieux, il faut également une transfusion sanguine et des points de sutures sinon le bandage ne tiendra pas.
(Femme, cartée, 30 à 39 ans)


• Le métier s’est accéléré, la rapidité du dire au détriment du réfléchir. Les faits ont remplacé l’analyse.
(Femme, cartée, 40 à 49 ans)


• Internet a tué le métier traditionnel et impose des pressions de travail trop intenses.
(Femme, cartée, 30 à 39 ans)

Regard positif

• J’adore mon métier.
(Homme, carté, plus de 50 ans)


• Notre média montre les initiatives positives des territoires. Nous sommes dans un souci de transférabilité des expériences, c’est pour cela je pense que nous sommes moins confrontés à des pressions que d’autres médias. Mais je pense qu’il faut rester extrêmement vigilant sur la façon dont les journalistes peuvent exercer leur métier en France… Ils sont le rempart contre l’ignorance, les fake news et les pouvoirs de toutes sortes.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)


• Je pratique néanmoins l’un des métiers les plus passionnants entre tous, qui engage une responsabilité dont il faut avoir conscience au quotidien.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)

Formation aux médias

• La formation aux médias des élèves dès le plus jeune âge est urgente. Les jeunes ne savent pas à quoi servent la presse et les journalistes, ils ne font pas la différence entre un site d’info et n’importe quel réseau social. Ceci est inquiétant pour notre démocratie.
(Femme, cartée, 30 à 39 ans)


• En tant que responsable d’une page culture je n’ai pas été souvent confronté à de la défiance ou à des pressions.
C’est un climat global de désamour auquel on assiste, exacerbé lors de certains événements ou moments comme la crise des gilets jaunes le montre.
Les actions envers les jeunes me paraissent particulièrement utiles.
(Femme, cartée, plus de 50 ans)


• L’ouverture de la presse vers le public devrait passer aussi par l’éducation aux médias dans les établissements scolaires. Cette année, je suis intervenu pour la première fois dans une classe de collège pour expliquer la fabrication de mon journal, c’était dans le cadre de la semaine de la presse. Les jeunes posent de bonnes questions et même les interrogations les moins pertinentes permettent de dissiper des doutes. Cela permet de démystifier notre travail et notre fonction dans la société. Et humainement, c’est aussi une expérience valorisante de partager, du moins en paroles, notre quotidien.
(Homme, carté, 40 à 49 ans)

Enquête sur le moral des journalistes

Infographie parue dans La Lettre EcoNormandie du 20 septembre 2019

Dans un contexte de montée de la défiance vis-à-vis des médias, le Club de la presse et de la communication de Normandie a interrogé les journalistes normands sur les évolutions et les difficultés de leur métier.
L’enquête est parue dans le numéro 2019 de la revue annuelle du club, In/Off (à consulter ici) et ses résultats sont désormais en ligne sur le site du club (à consulter ici). La Lettre EcoNormandie en a tiré son infographie dans son numéro daté du 20 septembre 2019 . Le blog EcoNormandie revient cette semaine sur ces résultats, tout d’abord avec (ci-dessus) le résumé graphique proposé dans La Lettre, grâce à la patte d’Isabelle Loyer, infographiste à Paris Normandie, puis ci-dessous avec les graphiques reprenant l’ensemble des résultats aux questions fermées. Nous vous invitons à consulter aussi (ici) les commentaires, souvent longs et très personnels, reçus en réponse à la question ouverte. Nous savions qu’il y avait un malaise dans la profession, et dans la manière dont les journalistes sont perçus, mais il est intéressant – et même inquiétant – de constater à quel point ce malaise touche d’une manière ou d’une autre les trois-quarts de la profession.

Les résultats de l’enquête

Les répondants : qui sont-ils ?

Note méthodologique

L’enquête « Le moral des journaliste » a été réalisée en ligne, en avril 2019, par Béatrice Picard (SNIC – EcoNormandie) dans le cadre de la rédaction du numéro 2019 de la Revue In/Off réalisée par le Club de la Presse et de la Communication de Normandie (à télécharger ici). Environ 500 journalistes normands ont reçu une invitation à répondre à l’enquête. 127 réponses ont pu être traitées, soit un taux de réponse de 25 %, qui est un premier enseignement : ce sujet les concerne !
Au total, 115 journalistes cartés et 12 journalistes non cartés ont répondu (dont 31 % sont adhérents du Club), à quasi-parité hommes (52 %) — femmes (48 %). Les moins de 30 ans représentent 14 % des répondants et les plus de 50 ans 25 %. L’échantillon n’étant pas un échantillon représentatif, on ne peut pas extrapoler les résultats pour l’ensemble de la population des journalistes normands. Cependant le nombre de réponses est suffisant pour donner une tendance (en 2018, la CCIJP recensait 822 journalistes cartés en Normandie : 1 sur 8 a répondu à l’enquête).

En bonus

Au moment où j’écris cet article, je tombe sur une chronique intitulée “Les médias sont-ils moins libres qu’avant ? dans l’émission de France Culture Les Chemins de la philosophie. A écouter ici.

Comment réseautez-vous ?

Quels sont les réseaux sociaux préférés des communicants et journalistes normands ?  Y sont-ils plus assidus à titre professionnel ou à titre personnel ? Comment les utilisent-ils ? À quel rythme ?  Pour quoi faire ? Voilà quelques-unes des questions que nous cherchions à élucider en lançant une enquête auprès des communicants et journalistes normands. (Retrouvez la méthodologie en fin d’article)

Une enquête parue dans la revue IN/OFF

Les réseaux sociaux et leur impact dans nos métiers de journalistes et de communicants » telle est la thématique choisie cette année par les adhérents du Club de la presse et de la communication de Normandie (auteurs et graphistes), qui ont joué la carte du travail collaboratif afin de produire le numéro 5 de leur revue annuelle, entraînés par Bruno Morice, JRI sur France 3 Normandie, qui était pour cette année le rédacteur en chef (numéro à télécharger ici).

Quelques enseignements

Tous en réseaux

Premier constat : tous les répondants (soit 258 journalistes et communicants interrogés, voir ci-dessous la note méthodologique) ont un compte dans au moins un réseau social. Notons que 100% des répondants de moins de 30 ans ont un compte sur Facebook, et 99% sur LinkedIn et Twitter. Le nombre de réseaux est d’ailleurs inversement proportionnel à l’âge : les moins de 30 ans déclarent en moyenne avoir un compte sur 6,6 réseaux (sur 9 proposés), contre 5,5 entre 30 et 50 ans et 4,6 pour les plus de 50 ans.

Le(s) Top(s) 3 des réseaux

Le classement diffère selon l’usage, l’âge et la profession.

Comptes pro et privés confondus, Facebook est largement en tête puisque 93% des personnes ayant répondu au questionnaire déclarent y avoir un compte pro ou privé. Suivent LinkedIn (82%) et Twitter (68%). Toutefois, chez les journalistes, Twitter (avec 76%) arrive avant LinkedIn (67%).

Le classement varie si l’on considère l’usage : en comptes pro, LinkedIn arrive en tête (44% des répondants ont un compte LinkedIn), suivi de Twitter (31%), Facebook ne se plaçant qu’en 3e position (27%). Pour ce qui est des comptes « Structures », le classement est encore différent : Facebook (60%), Twitter (49%) YouTube (38%).

Si l’on regarde l’assiduité, en prenant en compte la part de ceux qui se connectent au moins une fois par jour, Facebook reste en tête (66% des répondants sont dans ce cas pour leur compte pro et 73% sur le compte perso). Pour les comptes pro, la 2e place revient à Twitter (44% se connectent au moins une fois par jour), suivi de LinkedIn (33%). Pour les comptes perso, le classement fait remonter Instagram (37%), suivi de Twitter (35%) et LinkedIn (27%).

Pour ce qui est de l’importance de la communauté, Facebook est encore une fois très largement en tête, que ce soit pour les comptes pro (avec notamment 9 répondants qui déclarent avoir une communauté de plus de 100 000 personnes), les comptes des structures ou les comptes perso. Twitter arrive en 2e position et LinkedIn en 3e.

Quelle activité ?

Communicants et journalistes sont plus actifs sur les réseaux pro que sur leurs réseaux perso. S’ils sont plus accros à leur Facebook privé, comme on l’a vu plus haut (73% d’entre eux y vont au moins une fois par jour), ils sont plus souvent connectés à Twitter et LinkedIn pour des raisons professionnelles que pour des raisons personnelles.

Ils sont aussi plus visibles : alors que seuls 36% des personnes interrogées déclarent « ne faire qu’observer et lire » sur leurs réseaux pro, ils sont 45% dans ce cas dans le privé. Leur activité consiste d’abord à relayer les posts des autres (53% le font souvent sur leurs réseaux pro et 44 % sur leurs réseaux perso), à faire des liens vers des articles extérieurs (respectivement 50% et 43%) et à publier des posts originaux (43% et 37%). En revanche, ils commentent plus volontiers à titre privé (40%, contre 24% à titre pro). Notons aussi que sur les réseaux professionnels, 79% des répondants déclarent faire des liens vers les articles parlant de leur structure, dont 52% le font souvent.

Note méthodologique et précautions d’emplois

L’enquête a été réalisée en ligne, en mars-avril 2018, par Béatrice Picard (SNIC – EcoNormandie). L’infographie est d’Adèle Pasquet.

Le questionnaire comprenait au total 12 questions fermées, une question ouverte et 3 questions d’identification. Les questions non traitées ici ou dans la revue papier seront mises en ligne à la fin de l’été sur ce blog et sur le site du Club de la presse et de la communication.

1 700 personnes, journalistes et communicants, ont été sollicitées, dont 500 membres du Club de la Presse et de la Communication de Normandie, les autres étant des responsables extraits du fichier EcoNormandie. 258 réponses ont pu être traitées, soit un taux de réponse de 15%. Au total, 35 journalistes cartés, 17 journalistes non cartés, et 170 communicants (dont 146 dans un service Com) ont répondu. Il s’agit principalement de femmes (66 % de l’échantillon). Les moins de 30 ans représentent 16% des répondants et les plus de 50 ans 31%.

Les résultats sont donnés en % des personnes ayant répondu.

L’échantillon n’étant pas un échantillon représentatif, on ne peut pas extrapoler les résultats pour l’ensemble de la population interrogée. On notera par exemple que tous les répondants ont un compte dans au moins un réseau social, à titre privé ou professionnel. Cela ne signifie pas que c’est le cas de tous les journalistes et communicants normands, mais on peut supposer que ceux qui se sentent concernés ont plus volontiers répondu…