Retour sur les municipales

Alors que je m’apprêtais à passer plusieurs semaines sur la mise à jour de la base EcoNormandie suite aux municipales de mars 2020 et à l’élection de quelques 38116 conseillers municipaux normands, dont 2652 maires et plusieurs milliers d’adjoints, le confinement est arrivé, et j’ai paré à d’autres priorités.
Un mois plus tard, je me penche enfin sur les résultats des municipales, et je vous propose de me suivre. Je vous livrerai d’une part mes sources pour trouver, pour chaque commune, les listes et les candidats élus, d’autre part pour analyser les résultats pour en tirer des statistiques permettant de comparer.

À la bonne source

Une adresse pour récupérer l’ensemble des résultats au format Excel : l’open data du gouvernement (voir ci-dessous).
Ensuite, il faut bien sûr jongler un peu pour exploiter, sortir la liste des élus par communes, extraire des données chiffrées pertinentes, et rentrer les quelques 35000 conseillers municipaux normands élus au 1er tour dans la base de données EcoNormandie. C’est mon métier.

Les candidats élus au 1er tour

57 295 candidats et 1 122 listes se présentaient le 15 mars aux suffrages des électeurs normands. Pour en savoir plus sur les candidats, les électeurs et les listes, vous pouvez vous reporter au 1er post consacré aux municipales (ici).

Le tableau ci-dessous indique par département le nombre de communes pourvues au 1er tour. Ce sont ces données qui sont représentées sur la carte ci-dessus (les sphères représentent le total des communes où l’élection est acquise dès le 1er tour dans le département, et les couleurs représentent la part des communes par rapport à l’ensemble des communes du département). La carte est réalisée grâce au système “Statistiques locales” de l’INSEE, grâce auquel on introduire et visualiser ses propres données. J’ai déjà décrit dans l’article “Un outil de visualisation simplissime” toute la démarche, ultra simple.

Nous avons aussi tiré de ces données la rubrique data de la Lettre EcoNormandie, dont nous reprenons l’infographie ci-dessous.

Au total 89% des communes normandes ont vu leur conseil municipal élu dès le premier tour. Pour 282 communes (11% des communes normandes), un second tour sera nécessaire. Dans le détail, 91% des communes de 1000 habitants ou plus (scrutin de liste) et 89% des communes de moins de 1000 habitants (scrutin majoritaire) ont été pourvues dès le 1er tour.
Voir ci-dessous le détail par type de scrutin et département.

Maires sortants réélus

Au total, 1 773 des 2 652 maires sortants se représentent (voir détail). 1651 (soit 93% d’entre eux) ont été élus dès le 1er tour : 89% de ceux qui se présentaient dans une commune de 1000 habitants ou plus et 94% de ceux qui se présentaient selon un scrutin majoritaire.
Dans les 35 communes de plus de 10000 habitants (sur 43) où le maire sortant se représentait, 19 ont été élus dès le 1er tour, tandis que les 16 autres sont en ballotage au 2e tour (aucun n’a été éliminé dès le 1er tour). Parmi ces maires qui se sont imposés dès le 1er tour, citons ceux des communes de plus de 25000 habitants : Joël Bruneau à Caen (divers droite), Joachim Moyse à Saint-Etienne-du-Rouvray (Union de la gauche) et Nicolas Langlois à Dieppe (PCF). Ces 19 réélus étaient tous tête de liste. Cependant, notons que la liste de Daniel Fidelin (divers droite) à Montivilliers a été devancée par celle d’union de la gauche menée par Jérôme Dubost.

Parité dans les conseils municipaux

2 communes sans candidats

Notons que deux communes, Saint-Fraimbault dans l’Orne (539 habitants) et Estrées-la-Campagne dans le Calvados (248 habitants) n’avaient aucun candidat… et n’ont eu aucun élu.

Sur le portail EcoNormandie

Le portail EcoNormandie propose une entrée par communes, avec des informations sur les 2652 communes normandes et leurs élus.

Vous y trouverez, pour chacune d’elle, un texte présentant le résultat des élections (nombre de conseillers municipaux élus au premier tour et restant à élire au 2e tour).

Pour les communes de plus de 1000 habitants : nom de la liste arrivée en première position et, pour les plus de 3500, nuance politique de la liste de tête, ainsi que la réélection éventuelle du maire sortant. Nous avons également mis en ligne pour chaque commune la liste des conseillers municipaux élus le 15 mars 2020. Au 15 avril, date où j’écris ce post, la plupart des conseils municipaux d’installation ne s’étant pas tenus pour cause de confinement, il n’est pas précisé le nom du maire ou des adjoints. En revanche, nous avons laissé le nom du maire sortant.

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Pandémie de Covid-19 : quelles statistiques ?

Les pouvoirs publics et les journaux nous livrent chaque jour leur lot de statistiques à l’échelle locale, nationale, européenne et mondiale, sur le nombre de contaminés, de morts, de guéris, d’hospitalisations… Ces courbes posent de nombreuses questions, et j’ai choisi d’en faire mon sujet du jour et, pour ne pas me perdre, je me concentre sur les statistiques régionales.
Comme d’habitude, mon but est multiple : vous faire connaître les sources, vous montrer comment l’infographie ou l’analyse que l’on en tire met en avant certains éléments (et seulement ceux-là) et soulever à certaines questions que cela peut poser.

Un chiffre seul ne veut rien dire : il faut comparer

Nous avons quotidiennement le nombre de morts liés au Coronavirus, à différentes échelles géographiques, mais savons-nous ce qu’il en est si on le compare au total des morts du mois ? Ou ceux d’autres années ? Ou si on le compare aux morts de la grippe ? Ou si on regarde l’évolution au fil du mois du nombre de morts quotidiens ? Je l’ai souvent dit ici, je le répète : un chiffre ne vaut qu’en le comparant à d’autres données.

Les chiffres normands au 2 avril

Au 2 avril 2020, on totalisait en Normandie 81 morts du Covid-19 à l’hôpital depuis le 1er mars 2020, dont 44 en Seine-Maritime, comme le montre la carte ci-contre.

Santé publique France met à disposition, via son observatoire cartographique GEODES (d’où nous avons tiré la carte ci-dessus) des indicateurs de suivi de l’épidémie de covid-19 par région, département, sexe et classe d’âge. Les données sont actualisées chaque jour et arrêtées à 14h.

L’ARS Normandie fait aussi un point journalier, avec le décompte du nombre d’hospitalisations (630 au 2 avril), de personnes en réanimation (185), de personnes guéries (224), ainsi que le nombre de morts du jour (12) et de décès cumulés depuis le début de l’épidémie (81 au 2/4/2020). Ces données sont évidemment concordantes avec celles de Santé publique France. Notons, comme le précise l’ARS, que les premiers transferts d’Île-de-France sont comptabilisés dans ce total.

Paris-Normandie publie sur son site, sous forme d’infographie, ces données remises à jour quotidiennement. J’ai repris en haut de l’article la courbe de progression du nombre de personnes contaminées en Normandie (1294 personnes le 2 avril), ci-dessous les graphiques du 2 avril, qui mettent en évidence le nombre d’hospitalisations et plus bas la courbe des décès.

L’INSEE diffuse exceptionnellement, pendant la pandémie du covid-19, le nombre de décès par jour et par département. Nous en avons tiré l’infographie de la semaine pour La Lettre EcoNormandie, ci-dessous.

Quelques questions…

62 morts au 31 mars, 81 au 2 avril, est-ce important ?

Les 62 décès dus au covid-19 constatés au 31/3/2020 dans les hôpitaux normands ne représentent que 2% de l’ensemble des décès enregistrés en Normandie durant les mois de mars 2018 ou 2019. On constate d’ailleurs qu’au 16 mars, la Normandie avait enregistré en 2020 moins de décès au total que les deux années précédentes (cf. graphique ci-dessus). On remarque aussi que la variation d’une année sur l’autre peut être importante : 551 décès en plus (+19%) en 2018 vs 2019.

Comment progresse le nombre de décès liés au Coronavirus ?

Cependant, la Normandie a été touchée plus tardivement que les autres régions par la vague épidémique. Peut-être n’en sommes-nous qu’au début ? Il faut donc étudier aussi la progression : le nombre de morts quotidiens augmente-t-il ? Et si oui à quel rythme? Le Monde publie et met à jour quotidiennement les courbes d’évolution du nombre de contaminations et du nombre de décès, dans les 8 principaux foyers mondiaux – dont la France. On peut afficher les données en rythme ou en total, et l’on voit des périodes où l’augmentation atteint + 25% par 24 heures.
En Normandie, selon les données de l’ARS (reprises ci-dessous sous forme d’infographie par Paris-Normandie), depuis le 10e décès (le 23 mars), on constate qu’à cinq reprises le nombre de décès du jour était au moins égal à 25% des décès cumulés de la veille. Cependant, la Normandie semble relativement épargnée, comme le rappelle cet article publié par La Lettre EcoNormandie. Selon toute vraisemblance, le confinement, intervenu alors que la région ne déplorait que quelques cas, a ralenti la dissémination du virus.

Et si on compare à la grippe saisonnière en France ?

Commençons par voir ce qui se passe au niveau national, sur le site de Santé publique France.

On apprend ainsi qu’en 10 à 11 semaines en moyenne, la grippe tue chaque année environ 10000 personnes et en infecte 2 à 6 millions. Pour la saison 2017-2018, le bilan des épidémies hivernales fait même état d’une surmortalité de 17900 décès en 16 semaines, dont 73% peuvent être attribués à la grippe (soit 12400 morts).

Ces données sont à comparer aussi au nombre total de décès. L‘Insee nous apprend qu’au total, au mois de mars 2018, la France a compté 60407 décès, et 53629 en mars 2019.

Et si on compare à la grippe saisonnière en Normandie ?

La grippe en Normandie. La saison hivernale 2017-2018 a été marquée par une épidémie de grippe précoce et longue, de mi-décembre 2017 à mi-mars 2018. La Normandie faisait partie des régions les plus concernées par un excès de mortalité : 1200 décès en Normandie. Si on attribue à la grippe la même part qu’au niveau national (73% des cas de surmortalité, voir ci-dessus), cela fait 870 décès dus à la grippe en 2017-2018. Soit 10 fois plus que le nombre de décès en Normandie dus au covid-19 au 2 avril 2020.
Pour la saison 2018-2019, l’estimation de la surmortalité toutes causes, extrapolée à l’échelle nationale pendant les 9 semaines de l’épidémie était de +11,8 %. La région Normandie (+15,7 %) faisait partie des régions les plus concernées par cet excès de mortalité.

Grippe vs covid-19 : faut-il s’alarmer ?

Plusieurs questions se posent, et notamment : pourquoi les médias et les pouvoirs publics ne communiquent pas plus sur ces chiffres récurrents de la grippe, pour le moment (peut-être provisoirement ?) bien supérieurs à ce qui est attribué en France au Coronavirus (rappel pour la France : environ 60000 cas recensés le 2 avril et 5398 morts) ?
Inversement : pourquoi de telles réactions face au covid-19 ?
Vraisemblablement plusieurs raisons à cela, et notamment le fort taux de contagion, la plus forte létalité et le caractère inconnu de ce nouveau Coronavirus : on sait que la grippe est saisonnière, elle s’arrête au printemps, on ne sait pas ce qu’il en est du covid-19. Et peut-être aussi que nous nous sommes habitués à ces morts saisonniers, se disant que l’on n’y peut pas grand-chose… sinon respecter des gestes d’hygiène et se faire vacciner pour protéger les plus fragiles, ce qui serait déjà beaucoup.

Il ne faut pas perdre de vue non plus que le nombre de décès dus à la pandémie de covid-19 en France est encore incomplet (la vague épidémique n’a pas reflué : 471 nouveaux décès ce 2 avril), et sous-évalué, car nous n’avons pas encore tous les décès survenus à domicile, et que ceux des EHPAD commencent tout juste à arriver. Alors, oui, 5000 décès liés au Coronavirus alors que le pic est sans doute encore à venir, et que le décompte n’est pas fait entièrement, il y a de quoi s’alarmer et réagir.

• Le confinement est-il efficace ?

Je ne vais pas disserter ici sur l’efficacité du confinement, d’autres – médecins, scientifiques, politiques, journalistes – plus légitimes que moi (ou non) le font. Je me contenterai d’une remarque, et d’un renvoi vers une simulation que je trouve très parlante sur le rôle du confinement.

Une remarque : lorsque l’on compare ci-dessus les chiffres des décès liés au covid-19 et ceux liés à la grippe, il faut garder en tête que nous sommes confinés en France – et donc en Normandie – depuis le 17 mars. La question que tout le monde se pose et à laquelle je me garde bien de répondre : qu’auraient donné les courbes sans cela ? Jérôme Salomon, directeur de la Santé, commentant les chiffres de la France le 2 avril, ou Christine Gardel, directrice de l’ARS Normandie, commentant ceux de la région, avancent avec prudence que l’on aurait eu à déplorer plus de morts sans le confinement.

Je vous propose pour finir une simulation astucieuse proposée par le Washington Post et reprise par Courrier international, avec une maladie fictive et des paramètres simplifiés, pour comprendre la propagation de la maladie et l’efficacité du confinement.

Cliquez sur l’image pour afficher la page correspondante, et déroulez bien toute l’animation qui se trouve dans l’encadré pour comparer les différents scénarios, avec ou sans confinement.

Pour aller plus loin

Un document très clair, datant de mars 2020, pour comprendre la manière dont est suivi l’épidémie, découvrir les outils mis en place pour mesurer la propagation et savoir où trouver les données en open data : le livret de suivi d’épidémie mis en ligne par l’Insee, Santé publique France et le ministère des Solidarités et de la Santé .

EcoNormandie en mode confinement

Comme tout le monde en France, l’équipe EcoNormandie est confinée, et s’est mise au télétravail pour continuer à rédiger et diffuser la Lettre EcoNormandie, à mettre à jour la base de données et le site EcoNormandie, à préparer le Palmarès de l’économie normande.
Comme tout le monde, oui… mais cette situation inimaginée est tellement unique, nouvelle, incroyable, que j’ai envie d’y revenir pour montrer comment nous avons réagi.

Comment se préparer au télétravail ?

Le télétravail, il faut bien dire que je n’en avais pas envie, et je pensais que mon activité et ma manière de travailler n’y étaient pas du tout adaptées. Il est vrai que notre petite équipe EcoNormandie* ne compte que trois personnes + un apprenti à l’année, mais elle accueille en continu des stagiaires de formations et niveaux divers, qui demandent du temps, de l’attention, de la proximité. Première conséquence du télétravail : j’ai mis fin aux stages de Maxime et Elisa, et j’ai prévenu Soumah et Lyna, qui devaient arriver en avril, que nous ne serons pas en mesure de les intégrer aux dates prévues…

Donc, le jeudi 12 mars, dans la journée, se pose pour la première fois pour nous la question du télétravail, avec la difficulté particulière d’accéder à distance au serveur de base de données, et le lundi 16 mars dans l’après-midi, nous avions emporté nos ordinateurs de bureau chez nous et étions déjà au boulot.

Pas de préparation, donc, mais de la part de la direction et des managers, une anticipation depuis début mars, et une réactivité qui s’est avérée efficace. Le vendredi 13 mars à 15 heures, les 200 salariés de la SNIC/Paris-Normandie reçoivent un communiqué signé du DG Valéry Jimonet et du président Romuald Uzan. Dans une situation déjà difficile pour l’entreprise – mais on ne parle pas encore de confinement – ils parlent d’un nouveau défi à relever ensemble “Il ne doit plus y avoir du JE mais du NOUS“. Ils parlent de solidarité, et donnent notamment deux informations :

• la nomination d’un coordinateur, Gil Guilbert (avec son numéro de portable).

• la création sur la messagerie instantanée slack (ci-contre) d’une chaîne dédiée aux infos liées au Coronavirus, au confinement et à la période compliquée qui s’annonçait. Le nom choisi pour cette chaîne en dit long sur l’état d’esprit que nous partageons : #pn-ensemble.

Il faut reconnaître que Gil Guilbert joue remarquablement le rôle (improvisé) de coordinateur. Il faut aussi parler de l’accompagnement très efficace des équipes informatiques de Paris-Normandie, qui restent à l’écoute et interviennent s’il le faut.

Petit jeu : saurez-vous reconnaître, dans les photos de quelques collaborateurs en télétravail ci-dessus, celles de Sophie Racapé et Béatrice Picard ?

Soyez inventifs…

Notre équipe EcoNormandie s’est mise au travail, avec de nouveaux outils pour communiquer, comme la visio-réunion quotidienne via slack+ zoom (ci-dessus, sur l’image, on voir Sophie Racapé, Romain Forfait et Béatrice Picard en réunion), ou la chaîne dédiée econormandie sur slack pour échanger au fil de la journée.

Dès le mardi matin 17 mars, Nathalie Jourdan propose de casser le rythme hebdo et de repenser une Lettre EcoNormandie de crise, plus réactive et au fil de l’eau : 2-3 articles par jour et des exemples d’initiatives diverses et innovantes. “Il faut être agile, et efficace, vous avez tout compris. Bon courage !” nous signifie la direction. Et c’est parti !
La première newsletter de crise paraît le lendemain. Les articles sont, pour la période, accessibles à tous, et non pas réservés aux abonnés.

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En guise de conclusion…

Eh non, trop tôt pour les conclusions, le confinement dure depuis bientôt 10 jours, mais l’histoire ne fait que commencer. Ce qui est sûr, c’est que nous ne sommes ni isolés, ni à cours de ressources, et que l’on entend dire partout que cela ne pourra pas reprendre comme avant…

* Nathalie Jourdan, rédactrice en chef de La Lettre EcoNormandie, Sophie Racapé, ma collaboratrice et moi-même, Béatrice Picard, éditrice, en charge de la réalisation et du développement d’EcoNormandie, services d’informations économique à l’échelle de la Normandie